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Reconstruire une armée a-t-il encore du sens au XXIe siècle ?

Soldat libanais pendant l'exercice Eager Lion 12 Soldat libanais pendant l'exercice Eager Lion 12 Crédit photo / Sgt. R. Blumenstein / US Marine Corps

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« Reconstruire une armée nationale : l’exemple du Liban depuis 1958 » est effectivement une étude historique qui peut nous permettre de nous interroger en Europe sur l’utilité de ses forces armées.

Sa version imprimée diffusée en numérique en février est arrivée en juillet. Avec bonheur. Lire près de 100 pages en ligne n’est en effet jamais une chose aisée et je crois de moins en moins à cette forme de publication sur les questions de fond, sauf sans doute sous un format e-book universel. Anecdotiquement, j’avais déjà proposé ce projet en 1999 pour l’ensemble des publications militaires, doctrinales et techniques de l’armée de terre mais cela était resté sans suite. Peut-être pour notre armée du futur ?

Cadre de cette étude

La division « recherche » du centre de doctrine d’emploi des forces (CDEF) de l’armée de terre a donc publié cette étude très intéressante. En effet, reconstruire une armée, ce qui veut dire aussi qu’elle a été détruite ou « déconstruite », est une problématique des États du XXIe siècle. Cela s’appelle au XXIe siècle la réforme du système de sécurité (RSS). Elle comprend l’ensemble des forces de sécurité et est un facteur de la sortie de crise. Cependant il faut remarquer qu’il est le plus souvent le résultat d’une aide extérieure.

À nouveau l’histoire militaire, et cette fois d’un pays qui nous est proche (cf. publication du CDEF de septembre 2006), peut nous apporter un éclairage sinon des enseignements sur le rôle d’une armée dans un État. En effet, 70 ans après sa création le 22 novembre 1943 et 40 ans après le décès du général Fouad Chehab fondateur de l’armée libanaise et président de la République, l’exemple du Liban pose indirectement l’intérêt de reconstruire une armée (ou de la maintenir). Or cette mission devient de plus en plus importante dans l’engagement des États occidentaux dans les conflits du XXIe siècle, suscitant souvent un engagement militaire important en même temps, ultime paradoxe, qu’ils déconstruisent leur puissance militaire.

Cependant, la reconstruction de cette armée ne peut ignorer le contexte régional que ce soit d’une part la guerre civile en Syrie, d’autre part cet abcès permanent de crise internationale qu’est le Moyen-Orient à travers la politique israélienne, le retour de la guerre civile en Irak, les revendications kurdes ou la menace nucléaire iranienne. Les menaces régionales et intérieures pèsent sur le besoin pour une nation de disposer d’une armée à la grande différence de l’Europe par exemple.

Cette étude met d’abord en avant l’apport de l’histoire militaire à nos réflexions (cf. mes billets des 2 juillet 2013 et 4 juillet 2013), à la fois par le sujet traité mais aussi par le fait que cette étude a été pilotée – ce qui ne veut pas dire réalisée – par des officiers de carrière, historiens, au profit des besoins spécifiques et donc opérationnels de l’armée de terre.

Le sujet est ensuite d’actualité car la reconstruction des armées en sortie de crise est une mission naturelle aujourd'hui suite à nos engagements internationaux passés ou contemporains (Indochine, Vietnam, Afghanistan, Irak, Mali, Tchad, RCI…). Il peut être aisément réfléchi à la lumière de l’assistance militaire technique (AMT) ou de l’assistance militaire opérationnelle (AMO), concept que j’avais développé en 2010 au CICDE (cf. article dans Publication du CDEF de décembre 2011).

Enfin, il permet d’engager la réflexion sur le lien entre une armée nationale, c'est-à-dire l’expression physique d’une communauté de destin, et une nation. Avec ce cas historique contemporain, se pose le débat à la fois sur le besoin d’une armée – nos Etats occidentaux sont peu ou prou dans cette réflexion si je me réfère à leurs engagements militaires et la déconstruction progressive de leur outil de défense et de sécurité –, et sur le symbole d’une unité nationale exprimée par une institution laïque et neutre au service de tous, ni ethnique, ni religieuse, ni politique.


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François Chauvancy

Est colonel de l'armée de terre et auteur du blog "Défense et sécurité" (http://chauvancy.blog.lemonde.fr).

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