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Interview du secrétaire général du CSRM

Conférence du contre-amiral de Roquefeuil sur l'avenir de la réserve (Nice - 3 nov. 2012) Conférence du contre-amiral de Roquefeuil sur l'avenir de la réserve (Nice - 3 nov. 2012) Crédit photo / Ville de Nice

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Il y aurait une DRH globale ou les armées géreraient leur RH d’une manière autonome ?

Pour l’instant, il n’y a pas de remise en cause de l’existant. Le réserviste a choisi de rejoindre une armée, par conséquent il existe une direction du personnel par armée qui est chargée à la fois du recrutement et de la gestion. Cette partie purement administrative n’est pas incompatible avec un emploi hors de cette armée, en interarmées par exemple. Nous sommes en train d’assouplir les process.

Tous les sondages montrent que les réservistes lorsqu’ils font les démarches pour entrer dans la réserve le font pour intégrer une armée. On ne devient pas réserviste de la Défense et il existe un attachement fort à l’armée d’appartenance. C’est d’ailleurs une nécessité pour garantir une bonne intégration du réserviste.

De l’aveu de tous, la Gendarmerie nationale apparaît comme le bon élève en matière de réserve opérationnelle. À quoi est dû ce succès ?

Contrairement aux armées, la Gendarmerie emploie ses réservistes dans le « front office ». Ceux-ci accompagnent les unités de terrain et font le travail normal du gendarme (contrôle routier, surveillance, etc.). Les réservistes sont complétement mêlés à ce que fait le gendarme au quotidien. À l’inverse, les armées ont acquis une telle technicité dans leurs matériels et leurs équipements que la formation à dispenser aux réservistes pour être au cœur de l’opérationnel serait trop longue.

Je prends l’exemple d’un bâtiment de surface : tous les marins embarqués ont reçu une formation initiale et de spécialité qui a duré au moins six mois voire un an. Cela n’est pas compatible avec la vie d’un réserviste et il faut donc reconnaître aujourd’hui qu’à part d’anciens marins nous n’avons pas de réservistes sur les bâtiments de guerre de la Marine nationale. Les réservistes des armées sont donc plutôt employés dans le « back office » ou dans des services. C’est du soutien, du contrôle aérien, de la surveillance maritime... C’est absolument indispensable, mais peu sont en première ligne. C’est certainement pour cette raison que la Gendarmerie a une meilleure image que les armées, dans la mesure où les réservistes des armées disent qu’ils aimeraient être plus près du combat, plus près de ce que font les militaires. Malheureusement, pour des raisons de sécurité et d’efficacité opérationnelle, c’est difficile de prendre un réserviste aussi près des forces combattantes.

Combien y a-t-il actuellement de réservistes citoyens ? Quelles sont leurs principales missions ?

On compte aujourd’hui trois mille réservistes citoyens, ce qui est peu au vu des effectifs de la réserve opérationnelle. C’est pour l’instant une volonté, mais il est possible que cela change. Dans le livre blanc, il est indiqué que le développement de la réserve citoyenne doit être encouragé. Pour l’instant, l’approche est assez élitiste : on a décidé que la réserve citoyenne devait être proche des états-majors centraux et des directions dans les armées et on veut s’assurer que chaque réserviste citoyen a bien une occupation permanente.

La Gendarmerie est dans une autre approche. Elle étend son vivier de réservistes citoyens en leur présentant les thématiques sur lesquelles elle souhaite les faire travailler. Libre ensuite à ceux qui sont intéressés par telle ou telle thématique de s’investir. Ces deux approches coexistent à l’heure actuelle, mais il n’est pas impossible qu’il y ait une évolution de la réserve citoyenne afin d’adopter partout l’approche de la Gendarmerie nationale. N’oublions pas que la réserve citoyenne sert à retisser fortement le lien entre la nation et son armée. En faisant travailler les réservistes citoyens sur des thématiques qui sont proches de la résilience, de la rassurance de la population, etc., on peut considérablement en augmenter le nombre. Mais il va falloir changer l’état d’esprit, il va falloir qu’on accepte d’aller dans une autre approche et qu’on accepte finalement que chaque réserviste citoyen ne soit pas forcément rattaché à un bureau, à une personne.

Entre 2011 et 2012, 700 personnes ont rejoint la réserve citoyenne. Cependant, cette augmentation d’effectifs a surtout profité à la Gendarmerie. Nous sommes actuellement dans la rédaction d’une directive ministérielle sur la réserve citoyenne, c’est-à-dire un cadrage par le ministre de la Défense de ce que l’on doit faire en termes d’enjeux, de missions, d’effectifs, d’organisation du ministère. J’espère que cette directive ministérielle sera signée au début de l’automne pour que l’on puisse partir vers une nouvelle réserve citoyenne plus nombreuse, plus en phase avec la population, moins élitiste.

Le dernier livre blanc affirme que les forces de défense et de sécurité nationale ne pourraient être en mesure de remplir l’ensemble de leurs missions, notamment sur le territoire national ou en cas de crise, sans les réservistes. Or, le budget actuel de la réserve opérationnelle – de l’ordre de 75 millions d’euros – est inférieur à celui de 2004 (80 millions d’euros). N’y a-t-il pas une dichotomie entre l’objectif annoncé et la réalité du terrain ?

Non, il n’y a pas de dichotomie. Je vais prendre l’exemple très simple du service de santé des armées. Le SSA, c’est un peu plus de trois mille réservistes dont un tiers sert dans les hôpitaux des armées. Il faut être conscient que, sans l’apport de ces mille réservistes, des chaînes de santé s’arrêteraient. On ne pourrait pas maintenir la continuité dans les hôpitaux. C’est pareil pour la surveillance aérienne ou maritime l’été, les contrôles routiers. Je pourrais multiplier les exemples. Le passage de 80 millions d’euros à 75 millions n’est pas une baisse importante et le contrat opérationnel est tout de même rempli, notamment grâce à une optimisation considérable de l’emploi des réservistes depuis cinq ans. Les réservistes sont essentiels pour remplir le contrat opérationnel et cela a été rappelé lors de la dernière assemblée plénière du CSRM.

Depuis votre prise de fonction en août 2011, quel bilan dressez-vous sur l’état et le fonctionnement de la réserve dans notre pays ?

Je milite pour que les armées accordent plus de place à la réserve. Je crois que tout le monde a bien pris conscience de son apport. Nous avons optimisé deux points en particulier. Premièrement, la protection sociale du réserviste. Nous avons mis en place des systèmes qui permettent de couvrir les personnels sur les plans médical et financier en cas d’accident survenant au cours des périodes de réserve. Ces dispositifs ont contribué à rassurer les réservistes.

Le deuxième grand chantier que j’ai mené et qui est en train de se développer, c’est le partenariat avec l’entreprise. Nous avions besoin de formaliser et de rationaliser le système de convention mis en place avec les sociétés pour sortir d’une situation pénalisant actuellement la Défense et les réservistes. Nombre d’entre eux ne disent pas à leur n+1 ou à leur DRH qu’ils sont réservistes. Il faut absolument instaurer dans les entreprises cette transparence et cette confiance entre les réservistes et l’employeur. Cela nous permettra de fidéliser les réservistes. En effet, nous constatons aujourd’hui une forte rupture entre le moment où les réservistes sont étudiants et le moment où  ils entrent sur le marché du travail. Ils arrêtent la réserve pour de nombreuses raisons, mais aussi par crainte de ne pas être bien considéré dans l’entreprise.

Enfin, je n’oublie pas un chantier colossal qui nous attend et qui sera mon objectif prioritaire dans les mois qui viennent, c’est la communication. La réserve est à l’heure actuelle déconnectée de la société civile. Des sondages montrent que la réserve n’est pas du tout connue : 8 Français sur 10 pensent en effet qu’il n’existe pas de réserve en France. Avec le passage à la professionnalisation, les Français estiment que l’armée s’est débrouillée par elle-même et que la réserve n’est composée que d’anciens militaires. Nous avons un travail de pédagogie, de communication et de notoriété à réaliser. Il faut être très ambitieux dans ce domaine, j’ai la conviction que le cabinet du ministre et le ministre lui-même accordent beaucoup d’importance à cette réserve et nous soutiendront dans cette démarche.


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Jean-Philippe Elie

est journaliste et auteur.

Secrétaire national (Front démocrate) à la défense et à la sécurité

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