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Venezuela : un pays en crise rongé par le marasme économique et l'insécurité

Tirs de gaz lacrymogène et balles en caoutchouc contre des manifestants (15/02/14) Tirs de gaz lacrymogène et balles en caoutchouc contre des manifestants (15/02/14) Crédit photo / Andrés E. Azpúrua

Ignoré des médias, le Venezuela est en passe de connaître la pire crise depuis le coup d'État de 2002 contre Hugo Chavez. 17 personnes ont perdu la vie au cours des manifestations étudiantes qui secouent le pays depuis le 4 février dernier et 261 ont été blessées selon un nouveau bilan publié le 28 février par le ministère public.

Ce même 28 février, plus de 40 manifestants ont été arrêtés. Des journalistes étrangers, comme la photographe italienne Francesca Commi du journal local El Nacional ou le journaliste américain Andrew Rosati du Miami Herald, ont également été interpellés. Ce dernier a été libéré au bout d’une petite heure après avoir été frappé à la tête et à l'abdomen par la garde nationale.

Tout a commencé au début du mois de février lors de manifestations initiées par des étudiants qui protestaient à la fois contre l’insécurité (suite à une tentative de viol d’une étudiante sur le campus de San Cristóbal, dans l'État de Táchira) et le marasme économique.
 
Le 10 février, l’opposition vénézuélienne – tout en soutenant les revendications estudiantines – plaide volontiers pour « la salida », c’est-à-dire le départ du pouvoir du Président Nicolás Maduro. Il n’en fallait pas plus pour que le chef de l’exécutif bolivarien dénonce une tentative de coup d'État : « Les fascistes veulent refaire 2002. » Et dans ce contexte, il a choisi des opérations coup-de-poing avec l’arrestation de plusieurs membres de l’opposition, la menace de privation pour l'État de Táchira – « sous occupation fasciste » – de livraison de carburant, de peur que celui-ci ne soit transformé « en Bengazi vénézuélien » pour reprendre sa propre expression !

Les mouvements protestataires se répandent très vite dans le pays. Le 12 février, une grande manifestation est organisée à Caracas. Les premiers morts par balle sont alors à déplorer.

Alors que les États-Unis envisagent des sanctions, un élu républicain à la Chambre des Représentants, Matt Salmon, a récemment déclaré : « Bien que l'attention du monde se concentre plus particulièrement sur la crise en Ukraine, les enjeux au Venezuela sont tout aussi importants. Il s'agit de la liberté d'un pays situé dans notre plus proche voisinage qui, jusqu'à son histoire la plus récente, avait une tradition longue et fière d'adhésion aux normes démocratiques, et qui était même un allié des États-Unis. »

Une économie en plein marasme

Le Venezuela a connu en 2013 une inflation de près de 56,2%. Les tensions sociales et les inégalités sont palpables : les denrées de première nécessité, telles que l’huile, le sucre ou le café, sont désormais absentes des étals des épiceries. Les pénuries sont les plus importantes depuis 2008. Selon Sophie Béric, cadre chez Edmond de Rothschild, le socialisme bolivarien du XXIe siècle se caractérise par des accords étatiques de licences de production, de distribution, d’importation des denrées les plus usuelles comme le sucre ou la farine.

Le pays dispose pourtant des premières réserves mondiales de pétrole (dans le bassin de l’Orénoque) devant l’Arabie saoudite. Mais il est également très dépendant de ces revenus. Or, faute d’investissements dans les infrastructures, la production de la compagnie nationale PDVSA (Petroleos de Venezuela) n’a cessé de baisser depuis 2000. En 2012, la PDVSA a produit à peine 3 millions de barils jour, contre près de 6 planifiés.

« Le Venezuela est clairement une économie mono productrice, étouffée par le poids des rentrées de devises qui proviennent de la vente de pétrole », souligne Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Le Chavisme et le Madurisme n’ont donc rien d’un modèle à suivre puisqu’il est exclusivement tourné vers les hydrocarbures.

La liberté de la presse en danger

La seule télévision ayant retransmis en direct des images des manifestations, la chaîne colombienne NTN24, a été interdite d'émission par l'autorité des télécommunications, la Conatel. Une douzaine de journaux a cessé de paraître, le gouvernement ne leur ayant pas donné les devises nécessaires à l'achat de papier à l'étranger. Twitter accuse également les autorités locales d'avoir bloqué des images sur son réseau.

Pour tenter de désarmer la crise, le Président Nicolás Maduro a lancé le 26 février un « dialogue national ». Tous les courants sociaux, politiques, corporatistes, religieux ont été conviés. Mais Henrique Capriles, leader de l’opposition et candidat malheureux qui avait perdu sur le fil contre Maduro lors l'élection présidentielle du 14 avril  2013, a décliné l’invitation, estimant que « la paix et le dialogue ne peuvent être atteints à partir du mensonge ».

Aujourd’hui, la tension n’est toujours pas retombée et l’heure est plus que jamais à la mobilisation. Si jusqu’aux événement récents, l’opposition apparaissait divisée, elle se montre aujourd’hui plus que jamais unie. Parce que persécutée ! Pour preuve, Carlos Vecchio, co-fondateur du parti Voluntad Popular, est activement recherché par les services de renseignement. Il est accusé au même titre que Leopoldo López, leader des manifestations de 2014, d’incendie avec préméditation et association de malfaiteurs. David Smolanski, membre du comité de direction de Voluntad Popular et maire de l’une des cinq municipalités de la Grande Caracas, se dit quant à lui victime d'intimidations.

Le temps est désormais compté pour Maduro

Dans une déclaration au Miami Herald le 28 février, Antonio De la Cruz – directeur exécutif de la société de conseils Inter American Trends – affirme qu’« Il est de plus en plus évident que le temps est désormais compté pour l’héritier d’Hugo Chavez. Cela coûtera cher de le maintenir au pouvoir car il n’est plus à même de garantir, ni la stabilité dans le pays ni la bonne marche des institutions ». Depuis son bureau de Washington, il renchérit : « Pour les passionarias du Chavisme, Maduro ne fait plus partie de la martingale gagnante, c’est un "has been", il est urgent de trouver un autre leader. Cette opinion est certes encore minoritaire parmi les militaires mais elle a tendance à murir très vite. »

Pour l’heure, l’ouverture du Carnaval apportera-t-elle un peu de calme dans le pays ? Rien n’est moins sûr dans un pays où l’insécurité atteint des records. Les autorités reconnaissent un taux d’homicides de 50 pour 100 000 habitants, soit 50 fois le niveau français. Dès lors, vouloir s’arrêter à un feu rouge en plein centre de Caracas à la tombée de la nuit relève du suicide.

Crédit photo / Andrés E. Azpúrua (licence CC BY-SA 3.0)

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Olivier d'Auzon

Est juriste, consultant auprès de la Banque africaine pour le développement, de la Banque mondiale ou encore de l'Union européenne. Il a participé à la rédaction de "L'Afrique des nouvelles convoitises" (Ellipses, 2011) et est l'auteur de plusieurs ouvrages juridiques.

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