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Égypte : les États-Unis font fausse route

Char égyptien Abrams M1 dans les rues du Caire (février 2011) Char égyptien Abrams M1 dans les rues du Caire (février 2011) Crédit photo / Essam Sharaf

Après neuf mois d’atermoiements, Washington, principal bailleur de fonds du Caire, a décidé de réduire partiellement son assistance militaire en raison de l'instabilité et de la répression consécutives au « coup d'État » du 3 juillet dernier contre le président élu Mohamed Morsi.

Pour les États-Unis, le recadrage de leur aide annuelle – 1,5 milliard de dollars dont 1,3 milliard d’aide militaire – implique l’arrêt de la fourniture d’équipements lourds et de son assistance financière au gouvernement égyptien. Les hélicoptères Apache, les chasseurs F-16, les missiles Harpoon et les pièces de rechange pour chars d’assaut M1A1 Abrams font partie des matériels qui ne seront plus livrés aux militaires égyptiens. Ce gel n’a toutefois pas vocation à être permanent : « [Nous attendons] des progrès crédibles [menant à une transition] vers un gouvernement civil démocratiquement élu », a indiqué la porte-parole du département d’État, Jennifer Psaki.

Quoi qu’il en soit, les domaines « constituant une priorité » – lutte contre le terrorisme, sécurité du Sinaï et des frontières d'Israël – ne seront pas touchés par cette mesure. Washington a ainsi tenu à préciser qu'il restait engagé dans le partenariat de défense avec le Caire, qui demeure le pilier de la stabilité régionale.

De son côté, l'Égypte envisage de revoir ses relations militaires avec les États-Unis, notamment une convention qui permet aux Américains d’utiliser les infrastructures de certaines bases égyptiennes (ce fut par exemple le cas lors de la guerre du Golfe). Sans parler des autorisations de survol de l’Égypte ainsi que des droits privilégiés accordés aux Américains lors du franchissement du Canal de Suez.

On rappellera également que l’aide américaine demeure liée aux accords de paix israélo-égyptiens de 1979. Le gel de l’assistance US pourrait donc potentiellement permettre à l’Égypte de remettre en question ces accords, notamment en ce qui concerne la présence militaire dans le Sinaï. Dans ce contexte tendu, le ministre de la Défense intérieure de l’État hébreu, Gilad Erdan, a récemment affirmé qu’Israël était « troublé » par cette décision et espéré qu'elle n'aurait pas d'incidence sur les relations entre les deux pays.

On l’aura compris, la décision américaine s’annonce comme  inopportune et improductive. Elle intervient à peine deux jours après que l’Égypte a été victime de trois attentats terroristes. Par ailleurs, elle contribuera – à n’en point douter – à affaiblir pendant plusieurs années le poids des États-Unis au Moyen Orient, tout en confortant l’influence de Moscou dans la région. Car, après le coup d’éclat de Vladimir Poutine sur la Syrie, il y a fort à parier que la République d’Égypte reviendra vite dans l’escarcelle russe.

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Olivier d'Auzon

Est juriste, consultant auprès de la Banque africaine pour le développement, de la Banque mondiale ou encore de l'Union européenne. Il a participé à la rédaction de "L'Afrique des nouvelles convoitises" (Ellipses, 2011) et est l'auteur de plusieurs ouvrages juridiques.

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