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Ukraine : et si la désescalade était possible ?

Un membre d'un groupe séparatiste à un barrage à Slaviansk Un membre d'un groupe séparatiste à un barrage à Slaviansk Crédit photo / Michal Burza/ZUMA Press/Corbis

Washington a imposé des sanctions à sept citoyens et dix-sept sociétés russes en réaction à l'adhésion de la Crimée à la Russie et à la situation actuelle en Ukraine. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’une sortie de crise est pour l’instant inenvisageable.

Le 28 avril dernier, le porte-parole de la Maison-Blanche, Jay Carney, s’est montré très ferme : « Les États-Unis introduisent des sanctions ciblées contre plusieurs personnes et sociétés et durcissent les règles de délivrance des licences pour l'exportation de certains produits américains vers la Russie. »

Les sanctions visent notamment l’entourage du maître du Kremlin. « Le ministère des Finances a adopté des sanctions contre sept officiels russes, dont deux hommes proches du président Poutine, qui verront leurs avoirs gelés et se verront interdire d'entrée aux États-Unis. Les avoirs de dix-sept sociétés proches du président Poutine seront également gelés », a précisé M. Carney. Washington interdit en outre les exportations de produits américains « qui pourraient augmenter le potentiel militaire russe ».

De son côté, l’Union européenne a étendu la liste noire des Russes qui seront interdits de séjour dans les vingt-huit pays membres et dont les actifs à l’étranger seront gelés. Pour autant, le président russe n’est pas directement concerné par ces nouvelles sanctions. « Nous n’avons pas pour but d’adopter des sanctions contre Vladimir Poutine personnellement. Notre objectif vise à influer sur ses estimations concernant la manière dont ses actions en Ukraine pourraient se refléter sur l’économie russe », a précisé Barack Obama.

Des sanctions contre-productives

Pour Vlad Sobell, analyste indépendant et professeur de l'Université de New York, en décrétant de nouvelles mesures contre Moscou, les États-Unis se montrent impuissants face à une Russie déterminée à faire tout son possible pour empêcher l'Ukraine d'adhérer à l'Otan. Washington ne semble d’ailleurs pas conscient que cette éventuelle adhésion constitue une « ligne rouge » pour les autorités russes et que ces dernières sont prêtes à l’empêcher coûte que coûte, y compris en engageant un conflit militaire avec l'Alliance. Dans ce contexte, les sanctions ne font qu'irriter le Kremlin. D’autant que l'histoire montre que la Russie n'acceptera aucun compromis si sa sécurité et son indépendance sont menacées !

Enfin, selon Vlad Sobell, les sanctions pourraient provoquer une vague de patriotisme incitant les milieux d'affaires à faire plus souvent appel aux ressources russes et les consommateurs à soutenir les producteurs nationaux.

Pour l’heure, sur le terrain, les violences se poursuivent. Dans la soirée du 2 mai, des affrontements ont opposé à Odessa des manifestants fédéralistes à des militants unitaristes, lors de la marche « Pour l'unité de l'Ukraine » à laquelle prenaient part ces derniers. Les deux parties se sont attaquées à coups de pierre, puis des tirs ont retenti. La police est intervenue pour mettre fin aux escarmouches qui ont fait au moins trois morts et dix-huit blessés. De son côté, l’armée ukrainienne a mené plusieurs opérations visant à démanteler les barrages mis en place par les pro-Russes dans des villes de l’Est du pays. Ce qui n’a pas manqué de faire réagir la diplomatie russe : « [Moscou] exhorte Kiev et ses protecteurs occidentaux à mettre fin à l'anarchie de la force et à faire preuve de responsabilité envers le peuple ukrainien. »

Mais force est de constater que, depuis le début de la crise, Vladimir Poutine a pu compter sur le gouvernement ukrainien pour tomber dans tous les pièges qui lui étaient tendus. Avec le nouvel assaut lancé la veille contre la ville de Slaviansk, Kiev continue de jouer son rôle dans le scénario imaginé par le Kremlin.

Dans le même temps, les observateurs de l'OSCE capturés il y a plus d'une semaine à Slaviansk ont été libérés.

Il faut œuvrer à une sortie de crise

Dans ce contexte, la désescalade est-elle possible ? Nous le pensons, mais pour cela il faut tout d’abord que l’élection présidentielle annoncée pour le 25 mai prochain ait lieu. Ensuite les diplomates doivent s’atteler rapidement aux questions des minorités et des frontières. Cela pourrait passer par l’application « d’un pacte de stabilité » ou des accords de bon voisinage, qui garantiraient tout à la fois les droits de minorités et la reconnaissance bilatérale des frontières à l’instar du « plan Balladur » signé en 1993. Ce dernier avait fait ses preuves, en permettant de créer un climat entièrement nouveau pour apaiser les situations si sensibles des minorités russes dans les pays Baltes, ainsi que des minorités hongroises en Roumanie et en Slovaquie.

Le président par intérim de l'Ukraine, Olexandre Tourtchinov, avait évoqué le 14 avril devant le Parlement la possibilité d'organiser un référendum sur le statut du pays. « Nous ne sommes pas contre [un tel scrutin] », avait déclaré le chef de l'État, estimant que « la majorité des Ukrainiens se prononcerait pour une Ukraine indivisible, indépendante, démocratique et unie. » La tenue d'un référendum sur le rattachement à la Russie ou une « fédéralisation » de l'Ukraine – annoncé pour le 11 mai prochain – est d’ailleurs l'une des principales revendications des séparatistes de Donetsk.

Bernard de Montferrand, ancien ambassadeur de France en Allemagne, suggère quant à lui un accord garantissant les droits de la minorité russe mais aussi tatare en échange d’une reconnaissance par la Russie de l’inviolabilité de la frontière russo-ukrainienne. Enfin, il faudrait s’engager à ce que l’Ukraine n’intègre ni l’Union européenne ni l’Otan. Détester Poutine ne fait pas une politique. Et d’une manière ou d’une autre, il faudra tenir compte de la Russie.

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Olivier d'Auzon

Est juriste, consultant auprès de la Banque africaine pour le développement, de la Banque mondiale ou encore de l'Union européenne. Il a participé à la rédaction de "L'Afrique des nouvelles convoitises" (Ellipses, 2011) et est l'auteur de plusieurs ouvrages juridiques.

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