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Ukraine : chronique d’un tournant politique annoncé

Manifestants rue Hrushevskyi à Kiev (22 janvier 2014) Manifestants rue Hrushevskyi à Kiev (22 janvier 2014) Crédit photo / Amakuha

Alors que l'opposition table sur des dizaines de milliers de personnes dans la rue, sous la surveillance des forces anti-émeute déployées en masse, la tension reste extrêmement vive dans la capitale.

À l'issue d'une nouvelle nuit de violences, le ministre ukrainien de l'Intérieur avait qualifié d'« extrémistes » les manifestants du centre de Kiev. Le bilan officiel des affrontements de la semaine du 20 janvier est de trois morts, dont un homme de 45 ans décédé d’une blessure par balles à la poitrine. De son côté, l'opposition a décompté au moins six morts.

Pendant ce temps, la mission d'observation du Parlement européen – dirigée par son ancien président Pat Cox et l'ex-président polonais Aleksander Kwasniewski – poursuit ses activités dans le pays. « Nous poursuivons notre travail. Notre mandat est toujours en vigueur », a affirmé M. Kwasniewski.

La mission propose notamment un plan de sortie de crise comprenant quatre points : la cessation des violences, la libération des personnes arrêtées lors des troubles, l’abrogation des lois adoptées le 16 janvier réprimant sévèrement les manifestants, le remaniement du gouvernement ukrainien.

À la question de savoir si ce plan pourrait être officiellement proposé au nom de l'Union européenne, M. Kwasniewski a répondu : « Je l'espère bien. » Tout en rajoutant que la Russie pourrait jouer un rôle dans l'apaisement du conflit.

Le 25 janvier, après avoir annoncé une session extraordinaire du Parlement pour examiner  les revendications des manifestants, le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a proposé aux chefs de l'opposition Arseni Iatseniouk et Vitali Klitschko de diriger le gouvernement. Il s'est également dit prêt à une révision de la Constitution pour réduire ses pouvoirs. L'opposition demande d’ailleurs un retour à la Constitution de 2004, qui avait fait de l'Ukraine une république parlementaire avec un puissant Premier ministre.

Le 28 janvier, le chef du gouvernement Mikola Azarov a présenté sa démission en raison, selon son service de presse, des menaces que fait peser la contestation en cours sur l'économie du pays.

Pour l’heure, si Arseni Iatseniouk, l'un des chefs de file de l'opposition ukrainienne, a semble-t-il rejeté l’offre présidentielle de diriger le gouvernement, les lois anti-contestation controversées ont été abrogées. De plus, une loi d'amnistie pour les manifestants arrêtés pourrait être adoptée à la condition sine qua non qu’il soit mis fin à l’occupation de bâtiments publics.

La Russie prête au dialogue avec l'opposition

En dépit de ces concessions gouvernementales dont certains se demandent si elles n'ont pas pour objectif de diviser l'opposition, la situation n'évolue pas. À la veille d'une session extraordinaire du Parlement, le quotidien Oukraïna Moloda dénonçait en gros titres les agissements des forces de l'ordre, les traitant « d'animaux » et de « monstres ». Les unités anti-émeute ont en effet fait preuve d'une rare brutalité lors des affrontements de ces derniers jours. Dmytro Bulatov, organisateur du mouvement AutoMaidan à l’origine de manifestations anti-gouvernementales à bord de véhicules personnels, a ainsi disparu pendant plus d’une semaine, au cours de laquelle il a été sauvagement torturé : « On m’a crucifié, on m’a coupé une oreille et on m’a tailladé le visage, on m’a roué de coups sur tout le corps. Mais, Dieu merci, je suis vivant. » Pour l’heure, 33 manifestants ont disparu et d’autres, tel Youriy Verbytskyy, ont été retrouvés morts. Les manifestants espèrent donc que les policiers impliqués finiront par rendre des comptes.

Contre toute attente, le tournant politique ukrainien a rattrapé Vladimir Poutine à Bruxelles. L'Union européenne redoutait un sommet glacial, sur fond de bras de fer et de lutte d'influence à Kiev. Elle a finalement trouvé un président russe moins offensif que prévu et prêt à engager le dialogue avec l'opposition ukrainienne, si elle prenait la relève. « La Russie respectera la souveraineté de tout État, y compris ceux qui ont surgi de l'effondrement de l'Union soviétique, a affirmé le président russe à l'issue d'un sommet de trois heures avec les dirigeants européens. Et nous discuterons avec tout gouvernement. » Dès lors, tous les espoirs sont permis. « C’est l’effet Sotchi », a lancé un journaliste occidental présent à Maidan.

Pour l’heure, le président Viktor Ianoukovitch est au repos en raison d’une « maladie respiratoire aiguë ». Quant aux manifestants, ils entendent poursuivre leur mouvement de protestation et ont assuré qu'ils resteraient mobilisés jusqu'à satisfaction de toutes leurs exigences, avec en premier lieu la convocation d'une élection présidentielle dès cette année.

Crédit photo / Amakuha (licence CC BY-SA 3.0)

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Olivier d'Auzon

Est juriste, consultant auprès de la Banque africaine pour le développement, de la Banque mondiale ou encore de l'Union européenne. Il a participé à la rédaction de "L'Afrique des nouvelles convoitises" (Ellipses, 2011) et est l'auteur de plusieurs ouvrages juridiques.

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