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Crise ukrainienne : l'UE ne peut ignorer la Russie

Affrontements à Kiev entre manifestants et police antiémeute (1er déc. 2013) Affrontements à Kiev entre manifestants et police antiémeute (1er déc. 2013) Crédit photo / Mstyslav Chernov

Le mouvement de contestation mené par les pro-Européens, qui réclament le départ du Président Viktor Ianoukovitch et la reprise des négociations d’adhésion à l’Union européenne, ne faiblit pas depuis la suspension, fin novembre 2013, par Kiev de la préparation de l'accord d'association et de libre-échange avec l'UE.

La décision du gouvernement du Premier ministre Nikolaï Azarov, motivée par la nécessité de privilégier les relations économiques avec la Russie et les autres pays membres de la Communauté des États indépendants (CEI), a provoqué de vastes manifestations populaires dans le pays. Plus de 200 000 manifestants ont ainsi rallié Maïdan, la place de l’Indépendance à Kiev, malgré l’interdiction des autorités. Il s’agit de la plus importante manifestation depuis la Révolution orange en 2004.

Dans ce contexte, les trois partis d'opposition Batkivtchina, Oudar et Svoboda ont indiqué qu’ils ne participeraient pas aux travaux de la Rada (parlement ukrainien), tant que le gouvernement actuel ne démissionnerait pas. L’occupation de la place de l’Indépendance par les manifestants et les tentatives de la police pour les en déloger ont contribué à faire monter la tension d’un cran. Le pays apparaît désormais coupé en deux, les pro-Européens à l’ouest, les supporters de Moscou à l’est.

Vitali Klitchko, leader du parti Oudar et candidat à la Présidentielle de 2015, a demandé l'organisation d'élections présidentielle et législatives anticipées : « Il faut en finir avec le régime féroce de Ianoukovitch. Nous ne permettrons pas à ce pouvoir d'adopter des décisions antipopulaires. »

De son côté, le Premier ministre Nikolaï Azarov, qui est parvenu à éviter une motion de censure, mise sur une usure de la situation. Le Parlement ne siège pas, les bureaux ministériels sont vides et des policiers gardent les bâtiments officiels. Les parlementaires du Parti des régions, au pouvoir en Ukraine, lui ont toutefois demandé de procéder à un remaniement gouvernemental majeur en raison de la profonde crise politique qui affecte le pays depuis plus de trois semaines.

Pour l’heure, comme le souligne Alain Guillemolles, journaliste au quotidien La Croix, la foule tient la ville de Kiev mais n’a pas pris le pouvoir. Le soulèvement populaire des Ukrainiens ne s’est pas (encore) transformé en véritable révolution.

Hésitations européennes

Si les chancelleries européennes ont unanimement condamné les violences envers les manifestants et appeler les autorités à la retenue, force est de constater que les pays membres de l'Union européenne sont divisés sur la question de l’intégration de l’Ukraine (la Pologne et la Suède, soutenues par la Grande-Bretagne, étant par exemple nettement favorables à un rapprochement). D’ailleurs, pour les manifestants, la question centrale n’est pas tant le traité d’association et de libre-échange avec l’UE que le départ du Président Ianoukovitch, vestige de l’époque soviétique.

Selon Thomas Molnar de l’Institut français pour les Relations internationales (IFRI), l’UE a perdu de son attractivité en raison de la crise économique et de l’échec relatif de sa politique de voisinage à l’Est (trop technocratique). Les printemps arabes ont focalisé l’attention de l'UE en direction du Sud et le cas de Ioulia Timochenko, l'ex-Premier ministre toujours emprisonnée, illustre bien le manque d'analyse et de préparation des Européens (les discussions de fond étant reléguées au second plan par ce dossier personnel).

À l’inverse, Moscou est redevenue plus influente. Elle ne lésine pas sur les promesses de gaz et crédits à prix préférentiels pour inciter Kiev à intégrer l'union douanière regroupant la Russie, le Kazakhstan, la Biélorussie ainsi que, bientôt, l'Arménie et le Kirghizistan. Le 17 décembre dernier, Vladimir Poutine a ainsi promis de diminuer d'un tiers le prix du gaz vendu à l'Ukraine.

Outre ces considérations économiques, l'accord de 2010 entre Moscou et Kiev, qui portait déjà sur l'approvisionnement en gaz bon marché, avait également permis à la Russie d’obtenir un renforcement de sa présence navale sur la mer Noire, interdisant de fait tout rapprochement de l’Ukraine avec l'Otan.

Enfin, comme le précise Hélène Carrère d’Encausse, historienne spécialiste de la Russie, « L’UE doit comprendre que la Russie est étroitement liée à l’Ukraine et ne se laissera pas exclure. L’UE doit donc arrêter d’ignorer la Russie, ainsi l’Ukraine pourrait librement faire son choix ».

Neuf ans après la Révolution orange, l’Ukraine va-t-elle connaître un nouvel épisode révolutionnaire ? Ce n’est pas certain.

Crédit photo / Mstyslav Chernov (licence CC BY-SA 3.0)

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Olivier d'Auzon

Est juriste, consultant auprès de la Banque africaine pour le développement, de la Banque mondiale ou encore de l'Union européenne. Il a participé à la rédaction de "L'Afrique des nouvelles convoitises" (Ellipses, 2011) et est l'auteur de plusieurs ouvrages juridiques.

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