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L’Europe et sa défense militaire Spécial

Claude-France Arnould, directrice exécutive de l’Agence européenne de défense (Munich 2012) Claude-France Arnould, directrice exécutive de l’Agence européenne de défense (Munich 2012) Crédit photo / Kai Mörk

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Institutionnellement, l’idée de ce rapport de disposer d’un ministre de la défense européen, non subordonné au SEAE mais au même niveau, est une nécessité. La création formelle d’un conseil de défense institutionnalisé comprenant les ministres de la défense est aussi une idée positive.

Enfin, le Sénat propose de développer une stratégie maritime d'ensemble. Notre marine travaille déjà fréquemment en international. La surveillance permanente des côtes européennes et la protection de nos voies d’approvisionnement sont des missions fondamentales difficiles à conduire avec des flottes de plus en plus réduites.

Pour conclure, ce qui manque : une âme…

L’identité européenne et le patriotisme sont deux dimensions absentes du rapport du Sénat à la différence de l’IERI qui développe largement ces concepts. Comment penser une stratégie militaire sans envisager les raisons qui peuvent conduire un soldat-citoyen à combattre pour un « drapeau » qui n’est pas totalement le sien et auquel il devra s’identifier, aux ordres peut-être d’un chef d’une autre nationalité qui ne verra pas la mort de ce soldat « étranger » de la même manière ? C’est la recherche du sens à donner à l’engagement collectif au service de l’Europe.

Il faut revenir à Beaufre qui écrivait : « La patrie (…) est le patrimoine commun à tous les Français, que chacun a le devoir de préserver et défendre » mais la notion de patrimoine serait-elle la même pour ceux qui se battraient pour l’Europe ? Nous sentirions-nous investis du même sentiment de responsabilité envers l’Union européenne ? L’idée de Beaufre d’une « défense territoriale » s’appliquant à l’Europe avec pourquoi pas un service militaire européen pour les volontaires serait sans doute à étudier (missions, langue, formation, organisation, subordination...). Etre capable de défendre cette identité européenne, y compris par les armes, sinon par le sang versé, semble indispensable à une Europe de la défense.

Beaufre rappelait aussi ce besoin initial de donner une culture politique et militaire suffisante aux citoyens (surtout aujourd'hui s’ils sont appelés à élire des députés européens). Il écrivait que « l’intérêt commun passe par la patrie avant de passer par l’Europe » mais que « Les patriotismes européens et français ne sont en rien incompatibles ». Il s’agit de donner du sens à cette défense militaire de l’Europe comme l’évoque aussi le Sénat, une identité finalement.

Cependant, Beaufre, réaliste, écrivait: « en attendant que les Européens comprennent, ils en sont loin, et qu’ils consentent à l’effort nécessaire, la France se doit d’assurer seule, ou presque, sa propre sécurité ». Cela justifie l’activisme français sur les questions militaires au sein de l’Union européenne et surtout son choix de l’autonomie stratégique.


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François Chauvancy

Est colonel de l'armée de terre et auteur du blog "Défense et sécurité" (http://chauvancy.blog.lemonde.fr).

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