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L’Europe et sa défense militaire Spécial

Claude-France Arnould, directrice exécutive de l’Agence européenne de défense (Munich 2012) Claude-France Arnould, directrice exécutive de l’Agence européenne de défense (Munich 2012) Crédit photo / Kai Mörk

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Proposer un quartier général européen comme le fait le Sénat reste donc une bonne idée mais aurons-nous encore assez de cadres pour l’armer en respectant le poids de chacune des 28 nations… en fonction de leur contribution financière, dans une logique permanente de verser le moins possible ? Nous pourrions aborder le rôle de l’EMUE aujourd'hui… En revanche proposer d’installer cet état-major à Bruxelles mériterait d’être revu. A mon avis, il faut dissocier géographiquement l’OTAN de la défense européenne. Tout centraliser à Bruxelles est-ce encore une solution raisonnable ? Pourquoi ne pas l’installer en région parisienne comme hier le PC de l’OTAN à Fontainebleau ?

Dans la conduite des conflits, le Sénat a aussi rappelé que l’approche globale, qui rejoint la stratégie totale de Beaufre, ne peut exister sans volet militaire. Michl Miraillet, directeur de la DAS, était encore plus clair le 11 juillet 2013 dans un colloque fermé sur la défense européenne ; « Quant à l’approche globale, c’est comme le monoxyde de carbone. Vous ne le voyez pas. Vous ne le sentez pas. Mais à la fin on en crève ! Nous devons laisser à l’instrument de défense une part croissante dans l’organisation ». Il était temps que quelqu’un le dise « presque » publiquement.

Concernant l’économie de l’armement, Beaufre proposait un marché commun des armements européens « réalisé avec un système de compensations comparables à ceux réalisés pour l’Europe agricole ». Soixante ans après, le Sénat propose d’exonérer de TVA les grands programmes européens. Cela serait un bon complément à la proposition de l’Assemblée nationale de déduire du déficit public les dépenses dédiées à la défense.

Pour une plus grande efficacité, Beaufre avait proposé de faire de la logistique, condition du succès ou de l’échec de toute opération militaire (cf. Afghanistan et Mali), une priorité de la défense militaire de l’Europe. Si l’on regarde aujourd'hui les propos de mutualisations de l’IERI ou du Sénat, cela reste bien une priorité raisonnable qui ne nuit pas à la souveraineté des Etats et contribue à l’amélioration des capacités opérationnelles.

Des approches nouvelles proposées par le Sénat

Beaufre soulignait que « Toute Europe politique ne peut pas ne pas avoir de préoccupations stratégiques, ne serait-ce que pour s’assurer la paix et la sécurité ». Toute défense militaire de l’Europe implique aujourd'hui un Livre blanc européen sur ce thème. Il devrait notamment identifier ce qu’est la défense militaire de l’Europe et en déduire le domaine de la stratégie « militaire » européenne. Cela éviterait bien des confusions et la démilitarisation des esprits éclairés qui nous représentent au sein de l’Union européenne.

Cependant, ce document ne semble pas réalisable aujourd'hui malgré le souhait de l’IERI ou du Livre blanc français de 2013. En outre, fonction éminemment régalienne, sa rédaction ne devrait pas être confiée à un think tank indépendant comme proposée par l’IERI.

Le Sénat proposerait en revanche qu’il soit rédigé par un Eurogroupe de la défense, en fait le pilier européen de l’alliance atlantique évoquée depuis les années soixante, mais cette fois par des Etats volontaires et significatifs dans le domaine militaire. Dans ce cadre, il s‘agira de définir les intérêts communs, les zones géographiques pouvant susciter des interventions nécessaires à la défense de l‘Europe, les relations avec notre environnement stratégique proche (Méditerranée, Moyen-Orient, Afrique, Russie) les menaces visant l’ensemble des états européens, les règles de la prise de décision, l’application de la clause de sauvegarde aussi…


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François Chauvancy

Est colonel de l'armée de terre et auteur du blog "Défense et sécurité" (http://chauvancy.blog.lemonde.fr).

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