En naviguant sur notre site Internet, vous acceptez l'utilisation de cookies qui assurent le bon fonctionnement de nos services.
Cliquez sur le bouton Plus d'information pour obtenir une aide détaillée sur le paramétrage des cookies dans votre navigateur Web.

L’Europe et sa défense militaire Spécial

Claude-France Arnould, directrice exécutive de l’Agence européenne de défense (Munich 2012) Claude-France Arnould, directrice exécutive de l’Agence européenne de défense (Munich 2012) Crédit photo / Kai Mörk

Index

Cette fin de l’été est traditionnellement consacrée à la commémoration de la libération de la France, que ce soit dans le sud-est de la France ou aujourd'hui à Paris. Toujours l’histoire mais celle-ci a conduit depuis à la recherche permanente d’une Europe de la défense qui, à titre préventif, empêcherait tout retour de la guerre entre Européens.

Paradoxalement, chacun a pu constater l’échec de la construction formelle d’une Europe de la défense, sans doute en raison de l’absence de guerre générale sur le territoire européen. Pourtant, l’Europe (de la sécurité) et de la défense est régulièrement évoquée (cf. mes billets du 2 juin 2013 « Une relance parlementaire française pour l’Europe de la défense? » et du 30 juin 2013 « La démilitarisation de l’Europe, un suicide stratégique ? »).

La commission européenne a fait aussi un premier pas le 24 juillet dernier (cf. B2 La commission se penche sur la défense… poudre aux yeux ou réelle avancée ?). Comme le souligne B2, le désintérêt pourtant avéré de la commission pour la chose militaire pourrait évoluer différemment. Méfions-nous néanmoins surtout si je lis l’interview du commissaire Barnier. La confusion entre « sécurité » et « défense » est tellement flagrante que la dimension militaire est effacée, à se demander si nous parlons des mêmes sujets.

Enfin, en vue d’une part des universités de la défense des 9 et 10 septembre 2013 en France, d’autre part du conseil européen de décembre 2013, deux documents ont été diffusés. Le premier est un rapport d’information du Sénat « Pour en finir avec l’Europe de la défense, vers une défense européenne » le 3 juillet 2013. Le second, « Recommandations pour un Livre blanc sur la sécurité et la défense de l’Union européenne », a été rédigé par l'Institut Européen des Relations Internationales (IERI) en juin 2013

Les deux documents sont complémentaires, l’un plus européen pour influencer l’écriture d’un Livre blanc européen sur la sécurité et la défense, l’autre plus pragmatique pour que les intérêts de l’Europe et dela Francedans le domaine militaire prennent toute leur place avec pragmatisme.

Le constat d’un échec permanent

Il suffit de se référer à l’histoire de la politique de défense européenne. Je citerai volontiers les articles du général d’armée Beaufre (somme lue avec bonheur cet été), journaliste au Figaro de 1966 à 1973, soit il y a un peu plus de quarante ans. Les conditions d’une défense européenne au sens militaire y sont déjà évoquées.

Certes, le contexte stratégique était différent mais non les enjeux militaires : détente avec les Soviétiques et affaiblissement de la menace aux frontières, croissance économique mais déjà volonté des Européens (Royaume-Uni, Allemagne…) de diminuer leurs dépenses de défense, constat déjà des coûts de plus en plus élevés des armements, une France venant de quitter l’OTAN mais alliée fidèle, débat sur la place future de l’Europe de l’est et dela Russie, une dissuasion nucléaire franco-britannique (et américaine) garante contre toute guerre d’invasion, mais un redéploiement des Etats-Unis vers l’Asie. Rien donc ou presque n’a changé.

Pourtant, après la chute du mur de Berlin en 1989, le traité de Maastricht en 1992 lance une politique étrangère et une politique de défense européenne. Seule « nouveauté », avec la fin de la menace soviétique puis russe, la défense de l’Europe est à la fois rejetée par les organisations de l’Europe et laissée à la responsabilité des Etats en fonction de leur histoire et de leurs intérêts nationaux. Peu à peu, la guerre semblant morte, la dimension militaire de la défense de l’Europe est exclue de la construction européenne au profit de la seule vision économique.

Le rapport du Sénat souligne aujourd'hui cette évolution par un rappel « sémantique » éclairant. La « défense européenne » existe depuis la réunion bilatérale franco-britannique de 1998 à Saint-Malo. « L’Europe de la défense » est une construction franco-allemande depuis une réunion bilatérale à Toulouse le 29 mai 1999. Mais la conférence européenne de décembre 2013 traitera de… la défense en Europe. Et si l’on se réfère à l’investissement européen dans la défense (cf. B2 L’Europe de la défense à trois vitesses aujourd’hui, en marche arrière demain?), tout est dit.

Aujourd'hui, l’Europe de la défense est effectivement un terme fourre-tout qui exclue la référence à ce qui est militaire au profit de ce qui s’apparenterait à la défense civile/ sécurité civile de l’Europe. La défense militaire est de fait réservée à l'OTAN, ce qui me convient, mais n’est-ce pas l’impasse sur notre responsabilité à défendre militairement notre zone géographique et nos intérêts communs… si nous en avons au sens de la stratégie générale ?

Le fond du débat : quelle défense militaire pour l’Europe et quelle stratégie militaire ?

Le débat est en effet le suivant : quelle défense militaire pour l'Europe et ensuite quelle stratégie militaire pour une Europe puissance, c'est-à-dire une Europe capable de défendre ses intérêts y compris par le recours aux forces armées ? Le rapport Solana rappelait déjà en 2003 que la ligne de défense de l’Union européenne se tenait loin de ses frontières. Cela contraint à identifier les menaces militaires, les menaces non militaires, la part de responsabilité aussi que les armées européennes doivent assumer au sein du processus décisionnel européen.


Évaluer cet élément
(0 Votes)
François Chauvancy

Est colonel de l'armée de terre et auteur du blog "Défense et sécurité" (http://chauvancy.blog.lemonde.fr).

Autres articles dans cette catégorie : Ukraine : et si la désescalade était possible ? »

Laissez un commentaire

Suivez-nous sur les réseaux sociaux

Livres

événements et manifestations