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Centrafrique : une intervention française bien tardive

Rebelles dans le nord de la Centrafrique (2007) Rebelles dans le nord de la Centrafrique (2007) Crédit photo / HDPT CAR (licence CC BY-SA 2.0)

Depuis l'arrivée au pouvoir de Michel Djotodia et des rebelles de la Séléka, suite à un coup d’État contre le Président François Bozizé en mars 2013, la République centrafricaine s'enfonce inexorablement dans le chaos.

Après une relative et brève accalmie, les violences ont repris début novembre à Bangui la coquette : attaques à main armée, meurtres, assassinat d'un haut magistrat abattu par d'anciens rebelles. La capitale n’est pas la seule touchée par ces violences. De nombreux villages ont été désertés par leurs habitants, environ 400 000 personnes s’étant réfugiés dans la brousse dans des conditions sanitaires déplorables. Selon le Programme alimentaire mondial, plus d'un million de Centrafricains sont menacés de famine.

Plus inquiétant, de violents affrontements opposent désormais dans certaines régions les communautés chrétienne et musulmane, faisant craindre au secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, « un conflit religieux et ethnique à l'échelle du pays ». Dans ce contexte, le secrétaire d'État américain John Kerry s’inquiète également : « Des milices s'organisent de plus en plus en suivant des lignes communautaires et s'engagent dans des représailles visant les civils. » Le 21 novembre, le ministre des Affaires étrangères français Laurent Fabius a affirmé, quant à lui, sur France 2 que la République centrafricaine était « au bord du génocide » et que c’était « le désordre absolu ».

Pour preuve, une centaine de personnes auraient été tuées dans le village de Bossangoa, à 305 km au nord de Bangui, selon le porte-parole de la présidence, Guy-Simplice Kodégué. De son côté, le secrétaire général de la communauté islamique avance le chiffre de 369 morts parmi les musulmans. Le site d’information Bruxelles2 relate, quant à lui, le témoignage de l’abbé Jérôme Emilien Dansona, du diocèse de Bossangoa : une population apeurée, victime des exactions de rebelles de la Séléka hors de contrôle.

Avec 2500 hommes et des moyens qui font défaut, la Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique) s'est révélée, jusqu'à présent, impuissante à rétablir l'ordre. Washington, qui a promis une aide de 40 millions de dollars à cette force de l'Union africaine, estime que la volonté de l’équipe du président auto-proclamé Michel Djotodia de faire cesser les violences est inexistante.

De fait, au vu de la situation, Paris a décidé de reprendre les choses en main de toute urgence. « Il se produit en Centrafrique des actes abominables. Un chaos, des exactions extraordinairement graves. Nous devons agir », a martelé le Président François Hollande. L'armée française a commencé à acheminer hommes et matériels (véhicules de l'avant blindé, véhicules blindés légers, etc.) vers le camp militaire M'poko, la base de la force africaine à Bangui, à partir des pays voisins tels que le Gabon ou le Cameroun. L’objectif étant de porter rapidement les effectifs militaires à environ un millier d'hommes.

Témoignage – Prise de Bangui le 22 mars 2013

Pour la Séléka, le pillage constitue le seul moyen de se rémunérer, en se payant directement sur la bête. Les habitants et les entreprises de la place sont dévalisés, sans oublier les banques dont les coffres-forts sont éventrés ! Tout y passe : de la cave au grenier, la vaisselle comme les meubles ou la literie, sans oublier les photos de familles. L’un des chargés de programme auprès de la délégation européenne s’est réfugié dans sa salle de bain lors de l’invasion des rebelles. À la fin de la razzia, il s’est retrouvé nu comme un vers, totalement dépouillé, sans argent ni passeport. Plusieurs familles européennes se sont retrouvées dans la même situation.

« La prise de Bangui par les rebelles se soldera par un massacre et le retrait pour au moins dix ans de l’ensemble des bailleurs de fonds. Aujourd’hui, les Centrafricains aspirent plus que jamais à la paix, et peu importe la partie qui leur apportera », avait pronostiqué un humanitaire sous couvert d’anonymat avant l’arrivée des rebelles. Force est de constater qu’il avait raison

Ces renforts auront pour missions d'intensifier les patrouilles dans la capitale centrafricaine, de se déployer dans les localités touchées par les violences communautaires et de sécuriser les axes routiers menant au Cameroun et au Tchad, essentiels pour l’économie locale. Des missions de reconnaissance à l'intérieur du pays ont d’ailleurs déjà commencé. Selon Jean-Dominique Merchet, spécialiste des questions de défense au quotidien l’Opinion, « La France s'apprête à mener une opération ponctuelle et ciblée en Centrafrique. Militairement, tout est prêt ».

Sur le plan diplomatique, Paris a soumis un projet de résolution – visant en premier lieu à renforcer la Misca – à ses partenaires du Conseil de sécurité de l'ONU le 25 novembre. Un vote sur l’intervention proprement dite d’une force franco-africaine devrait, quant à lui, avoir lieu début décembre.

Si la France avait paru indifférente à la situation dans le pays lors du renversement du Président Bozizé en mars dernier, il est clair désormais que la Centrafrique est devenue un enjeu majeur. Pour garantir la stabilité dans la région, les soldats français devront neutraliser les bandes armées de la Séléka, composées de Centrafricains mais aussi de mercenaires tchadiens et soudanais, ainsi que d’anciens prisonniers récemment libérés.



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Olivier d'Auzon

Est juriste, consultant auprès de la Banque africaine pour le développement, de la Banque mondiale ou encore de l'Union européenne. Il a participé à la rédaction de "L'Afrique des nouvelles convoitises" (Ellipses, 2011) et est l'auteur de plusieurs ouvrages juridiques.

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