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La Question Touareg

Militants touareg et combattants d'Aqmi près de Tombouctou (7 mai 2012) Militants touareg et combattants d'Aqmi près de Tombouctou (7 mai 2012) Crédit photo / Magharebia (CC license)


Ghislaine Dupont et Claude Verlon, envoyés spéciaux de Radio France Internationale (RFI), se trouvaient à Kidal, berceau de la communauté touareg, lorsqu’ils ont été enlevés et assassinés le samedi 2 novembre 2013.

Les corps des deux journalistes, criblés de balles, ont été retrouvés près de Essi Dien, à environ douze kilomètres au nord de la ville. Si les circonstances de leur mort n’ont pas encore été totalement établies, plusieurs témoins affirment qu'il s'agit d'une exécution. « Il n'y a pas eu de combats », a souligné Mohammed ag Intallah, le député de la région de Kidal.

Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) a revendiqué, dès le 6 novembre, ce double meurtre via le site de l'agence mauritanienne Sahara Médias. Cette revendication rappelle un autre assassinat perpétré par des membres d’une brigade dirigée par un Touareg originaire de la région de Kidal, nommé Abdelkrim Targui. Or, jusqu’à présent, selon l’islamologue Mathieu Guidère, « la piste du Touareg membre d’Al-Qaida au Maghreb islamique était déjà suivie et évoquée, puisqu’on savait que les ravisseurs parlaient tamacheq, la langue des Touaregs, qu’ils étaient très bien renseignés et qu’ils étaient originaires de Kidal ». Et l’universitaire de poursuivre : « La justification apportée à cet assassinat, à savoir punir la France des crimes qu’elle accomplit au nord du Mali, paraît tout à fait en déphasage et en décalage par rapport à l’objet précis de ces crimes… La justification paraît aujourd’hui un prétexte et un maquillage politique. »

À Kidal, deux cents soldats français cohabitent avec des militaires maliens ainsi qu’avec des casques bleus de la Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation au Mali (Minusma). Le 20 octobre dernier a débuté l’opération Hydre : près de 1500 soldats ayant ordre de stopper l’offensive lancée par les groupes terroristes. Dans le même temps, près de 3000 soldats français quadrillent le Mali. Mais est-ce suffisant quand on sait que le Nord-Mali est grand comme l’Hexagone ?

Une société clanique fortement hiérarchisée

Démêler l’écheveau de l’autorité au sein de la communauté touareg tient de la gageure, car l’un des freins à la résolution de la Question Touareg tient au fait que cette société est profondément divisée et hiérarchisée. Ainsi, rien qu’à Kidal cohabitent tant bien que mal, au bas mot, près de 144 factions Touareg. Les « hommes bleus » se répartissent en diverses tribus (kel), identifiées en fonction de leur zone de nomadisation habituelle.

Ces tribus sont organisées en huit grandes confédérations. Au sein des tribus, chaque individu occupe un rang social précis : noble (imajahen), lettré (inislman), esclave libéré (ighawalen) et, tout en bas de l’échelle sociale, esclave (iklam). Dans ce contexte, les aristocrates du clan des Ifoghas détiennent assurément le pouvoir, mais sont minoritaires en nombre face à leurs vassaux, les Imghads, à la fois éleveurs et combattants. Enfin, la famille Intalla dirigée par un chef religieux respecté et ses trois fils – l’un député, l’autre ex-numéro 2 du groupe islamiste Ansar Dine et le dernier membre du MNLA – a pignon sur rue à Kidal, selon Mohamed ag Ossade, responsable du centre culturel touareg Tumast à Bamako.

Pour mémoire, la famille Intalla, la toute première à se rapprocher des Français, s’est rapidement imposée à la tête des Ifoghas comme intermédiaire privilégié de la puissance coloniale dans un premier temps puis de l’État malien par la suite.

Récemment, Iyad Ag Ghali – un Touareg de noble ascendance ifogha, fondateur du mouvement islamiste Ansar Dine et responsable du raid sur Bamako qui déclencha l’opération Serval – est revenu sur le devant de la scène internationale en aidant à la libération des quatre otages français d’Arlit, en échange d'une immunité ou tout du moins d’un blanc-seing.

Débarrassé de ses encombrants alliés d’Aqmi, il est désormais en mesure de peser directement sur les assises du Nord, le second cycle de négociations avec Bamako, qui se sont ouvertes le 1er novembre dernier. Dès lors, n’est-il pas, contre toute attente, en train de devenir un interlocuteur incontournable de la communauté Touareg ?

Enfin se pose clairement la question du MNLA. Le Mouvement national de libération de l’Azawad, qui a subi une véritable humiliation dans son fief de Kidal, paraît de plus en plus incapable de faire régner la sécurité dans la localité. Cette impuissance risque de contraindre Paris à reprendre rapidement les choses en main !

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Olivier d'Auzon

Est juriste, consultant auprès de la Banque africaine pour le développement, de la Banque mondiale ou encore de l'Union européenne. Il a participé à la rédaction de "L'Afrique des nouvelles convoitises" (Ellipses, 2011) et est l'auteur de plusieurs ouvrages juridiques.

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