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Un Livre blanc bien terne !

  • Créé le 09-09-2013
  • Modifié le 20-03-2015
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Tristounet. Ce Livre blanc n'est pas nul. Il est tout simplement médiocre. Il tente de donner une certaine cohérence entre les menaces et les moyens d'y faire face, mais cette cohérence est plus verbale que réelle. Dans sa préface (p. 7) le Président François Hollande précise que le Livre blanc « met l'accent sur trois priorités : la protection, la dissuasion et l'intervention ».

Si l'on considère que cette préface correspond aux directives personnelles du président, force est de constater que ces instructions ne sont guère suivies dans le corpus du Livre. En effet, la protection des populations, pourtant citée en premier par le Président, n'est pour ainsi dire pas traitée au long des 141 pages du Livre. Certes on peut lire page 48 « Au premier rang des menaces les plus probables demeure la menace terroriste … si elle frappait plusieurs sites de façon simultanée ou successive, son effet sur la population et le risque de saturation des forces de sécurité en seraient accrus ». La formulation est excellente mais rien ne suit.

Les analyses concernant le terrorisme majeur manquent cruellement de concret. On a l'impression que seuls les types d'attaques ayant déjà eu lieu sont prises en compte. C'est un peu comme si tout ce qui ne s'est pas déjà produit ne risquait pas d'arriver. Il n'y a jamais eu en France d'attaque contre des trains de chlore donc ce n'est pas la peine d'en parler. Aucun barrage n'ayant été détruit par explosif  il n'y a pas de menace « barrage ». Bien sûr, ce n'est pas la première fois qu'un Livre blanc manque de vision. Avant le « 11 septembre » aucun n'avait fait allusion au risque de détournement d'un avion par des pilotes prêts à se suicider, mais après cet « oubli » il serait temps d'essayer de ne pas être, une nouvelle fois, imprévoyant. Les rédacteurs d'un Livre blanc n'ont évidemment aucun moyen d'augmenter les budgets « défense » pour les amener à la taille dont ils rêveraient. Mais on pourrait espérer qu'ils recensent l'ensemble des menaces que leur pays pourrait avoir à affronter … sans oublier celles concernant leur propre territoire. Si toutes les menaces ne sont pas recensées comment définir les priorités ?

Trois priorités dont la dissuasion nucléaire

La protection des populations n'intéressant manifestement pas les rédacteurs du Livre blanc 2013, il n'est pas étonnant que les trois priorités données pour les investissements de défense n'en tiennent pas compte.  Ces trois priorités deviennent (p. 20) : le renseignement, la dissuasion nucléaire et la sécurité des systèmes d'information. Il est vrai que le renseignement est important et l'on ne peut que se féliciter de voir la place que tient la France dans le domaine du renseignement spatial. Les satellites français ont maintenant un bon niveau de qualité et si des progrès restent à faire - en particulier dans le domaine de la détection à travers les nuages - beaucoup a déjà été amélioré. En matière de drones d'observation en revanche le retard reste considérable : le Livre blanc a raison de le souligner. Autre priorité, la sécurité des systèmes d'information. Le sujet est à la mode. Sans doute à juste titre. Il est évidemment très souhaitable de garantir la transmission de toutes les données essentielles. En outre les sommes à investir en ce domaine restent raisonnables. Il n'y a donc aucune raison de critiquer cette priorité.

Reste la dissuasion nucléaire. L'éternelle priorité de nos Livres blancs. Les années passent, les mêmes phrases creuses demeurent : « La dissuasion est la garantie ultime de la sécurité, de la protection et de l'indépendance de la Nation. » ( p. 75 ) « La dissuasion nucléaire protège la France contre toute agression d'origine étatique contre ses intérêts vitaux, d'où qu'elle vienne et quelle qu'en soit la forme. » ( p. 69 ) Ces phrases étant répétées à l'envi il n'est pas jugé nécessaire de faire l'ombre d'un effort pour les justifier. Au moment où Paul Quilès, Jean Marie Collin et le général Norlain publient un livre Arrêtez la bombe (le Cherche Midi, 220 p., 16,5 euros) qui nie tout intérêt à notre dissuasion nucléaire, les rédacteurs du Livre blanc auraient dû expliquer pourquoi les intérêts vitaux de la France sont mieux protégés que ceux, par exemple, de l'Allemagne. Ils auraient dû démontrer leur point de vue : prouver la nécessité de développer toujours de nouvelles armes et justifier en particulier les dépenses considérables impliquées par la simulation. Mais ils en sont, bien sûr, incapables.

Le Livre blanc souligne aussi fort justement le soutien apporté par la France au Traité sur la Non Prolifération nucléaire (TNP), mais semble oublier que ce traité impose aux puissances « dotées » d'armes nucléaires d’œuvrer de bonne foi pour tendre vers le désarmement nucléaire, ce qui est contradictoire avec la modernisation permanente des armes et des lanceurs pratiquée par la France.

Avoir des sous-marins nucléaires toujours plus discrets et des missiles toujours moins interceptables serait sans aucun doute utile au gouvernement français s'il envisageait de faire la guerre aux Américains. Toutefois, même le Livre blanc, malgré sa longue étude sur l'état du monde, ne mentionne pas cette menace ! Alors, il faut bien reconnaître que, dans un budget limité, la « sanctuarisation » des dépenses nucléaires que le Livre blanc admet sans discussion implique une baisse corrélative des crédits pour les autres missions incombant aux armées. Les priorités à accorder à chacune de ces missions pourraient occuper des pages et des pages de commentaires. Aujourd'hui, nous nous contenterons de signaler que la baisse massive des effectifs de l'armée de Terre - qui pourra bientôt tenir dans un seul stade de football - risque d'avoir des conséquences dramatiques en cas de crise terroriste prolongée. Le Livre blanc a bien signalé dans ce cas « le risque de saturation des forces de sécurité » mais il ne propose rien pour l'éviter. Bien au contraire. La dissuasion étouffe la protection.

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Etienne Copel

Est président du collège des experts du Haut comité français pour la défense civile.

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