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Renseignement : des réservistes au repos forcé...

Siège de la DGSE à Paris Siège de la DGSE à Paris Crédit photo / Tangopaso

Alors que le président de la République vient d'annoncer une augmentation du nombre de réservistes de 28 000 à 40 000 hommes (sans préciser les délais), on oublie un peu trop vite qu'un certain nombre de réservistes appartenant ou ayant appartenu aux services de renseignement militaires sont actuellement sous-employés, quand ils ne sont pas tout simplement laissés au repos forcé...

Nombreux sont les dirigeants politiques à affirmer que nous ne pourrons pas empêcher la survenue d'actes terroristes sur le territoire national, et ils ont certainement raison. En revanche, ne pas être en mesure de prévenir à 100% la survenance de telles actions ne dispense pas l'État de faire appel à tous les moyens humains qui se tiennent à sa disposition. La suspension du service national en 1997 devait avoir pour corollaire la montée en puissance d'une réserve opérationnelle mieux formée et plus attractive pour les citoyens. La loi de programmation militaire de 2009 avait fixé un objectif de 80 000 réservistes à l’horizon 2015. Force est de constater que celui-ci n'a pas été atteint. Les effectifs sont ainsi passés de 60 125 personnels en 2008 à 54 860 personnes, Gendarmerie nationale incluse, au 31 décembre 2014.

Dans une période troublée où les citoyens doivent s'approprier les questions de défense, il est impensable de laisser péricliter la réserve opérationnelle. Et pourtant... Selon La Réunion des Officiers de Réserve du Service d’État-Major (ORSEM), « La réserve militaire opérationnelle est largement ignorée, sinon rejetée. » (1) Au vu de mon expérience de réserviste opérationnel, je vois plusieurs raisons à ce ressenti de mes camarades :

  • Les dirigeants politiques n'ont jamais vraiment su quoi faire des réservistes, excepté dans la Gendarmerie nationale ;
  • Les militaires d'active n'ont pas été réellement formés à la gestion de civils qui endossent l'uniforme quelques jours par an ;
  • Les chefs militaires ne croient pas en la Réserve. Ils invoquent notamment la difficulté à réunir, sur des périodes données, des unités (sections, compagnies) constituées entièrement de réservistes, en rejetant notamment la faute sur des employeurs qui rechigneraient à laisser partir leurs salariés réservistes...

Si ce dernier argument peut être entendu, il n'en va pas de même pour les « compléments individuels ». Les réservistes qui appartiennent aux services de renseignement font partie de cette catégorie. Ils rejoignent une unité comprenant une majorité de militaires professionnels et s'intègrent à leurs camarades d'active pour remplir les missions. Autre distinction importante, contrairement aux autres réservistes, ceux des services de renseignement sont souvent sollicités. De fait, nul besoin de convocation administrative pour servir... Les ordres de mission servent simplement à officialiser le paiement de la solde ; en réalité, ces réservistes travaillent (beaucoup) plus que ce qui est indiqué sur leur bulletin de solde !

Simplement servir...

Et c'est cela que les chefs militaires ont du mal à comprendre. Bien qu'au fil du temps de nombreux réservistes opérationnels aient vu le nombre de leurs jours d'activité décroître, cela n'a pas altéré leur moral. L'essentiel est de servir, pas de s'enrichir. Du moment qu'ils effectuent officiellement cinq jours par an, il y a matière à notation et donc à avancement. C'est, pour la plupart des réservistes du renseignement, le seul aspect essentiel. Ces unités sont rarement sur le devant de la scène, par conséquent la reconnaissance du travail par l'institution est primordiale. Malheureusement, force est de constater que depuis le début des années 2010, la présence de réservistes issus de la société civile au sein des services semble poser problème. Même des éléments très bien notés se sont retrouvés du jour au lendemain sans affectation ou radiés de la réserve.

Étant donné la situation actuelle, se priver de l'expertise de tels personnels dans les services de renseignement est tout simplement un non-sens, voire une faute... Le renseignement nécessite assurément d'importants moyens financiers, mais il est possible de réduire très sensiblement certains coûts en faisant appel à des réservistes, notamment dans le domaine de l'analyse. Impossible de croire que notre pays n'est pas actuellement en mesure de budgétiser, en moyenne, deux mille cinq cents euros par an et par réserviste afin d'accroître sensiblement les capacités humaines dans le renseignement !

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Jean-Philippe Elie

est journaliste et auteur.

Secrétaire national (Front démocrate) à la défense et à la sécurité

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