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Une réserve militaire n'est pas un anachronisme, la situation en Ukraine le prouve

Soldats sans insignes à Simferopol, capitale de la Crimée (2 mars 2014) Soldats sans insignes à Simferopol, capitale de la Crimée (2 mars 2014) Crédit photo / E. Arrott - VOA

La situation évolue très rapidement en Ukraine. Alors que Poutine semblait avoir accepté, dans la soirée du 2 mars, le principe d'un dialogue politique sur proposition d'Angela Merkel (Olivier d'Auzon avait évoqué dans son dernier article le rôle prédominant de la chancelière allemande), les forces russes viennent de lancer un ultimatum aux troupes ukrainiennes stationnées en Crimée.

Ces bruits de bottes, qui se font de plus en plus pressants aux frontières orientales de l'Europe, nous rappellent cruellement à quel point la défense européenne est une Arlésienne. Nous sommes à l'heure actuelle incapables de mener une intervention armée sur notre propre continent sans l'aide de l'Otan. Si l'Union européenne est bien un géant économique, elle n'est pas en revanche en mesure de s'opposer diplomatiquement et militairement aux tentations expansionnistes d'un voisin russe de plus en plus belliqueux.

Le XXIe ne sera pas religieux, il sera tout simplement dangereux : entre guerre économique, terrorisme, montée des nationalismes, crise financière et dérèglements climatiques, nous devons nous attendre à des moments difficiles. Or, Kiev vient de rappeler une évidence en annonçant la mobilisation de ses réservistes : un pays – d'autant plus si son armée est professionnelle – ne peut se passer d'une réserve militaire.

Plusieurs raisons à cela et la première est idéologique. Même si l'Ukraine n'est pas capable militairement de battre l'Armée rouge sans aide extérieure, le rappel des réservistes permet de renforcer la cohésion nationale. Or, en France, la suspension du service national a clairement eu un impact sur le sentiment d'appartenance à une communauté de destin. Si la plupart des Français sont fiers de leur armée et des missions qu'elle mène actuellement en opérations extérieures, ils sont tout aussi nombreux à avoir un lien de plus en plus ténu avec l'institution militaire. C'est tout le paradoxe de la situation !

L'existence d'une réserve se justifie également en ces temps de disette budgétaire. La diminution continue du format des armées fait que la présence de citoyens sous l'uniforme est indispensable pour assurer le contrat opérationnel fixé par le chef de l'État. Sans réservistes, il serait impossible pour notre pays d'être présent sur plusieurs théâtres d'opérations. Le Mali et la Centrafrique ont malheureusement montré que nous ne pouvions pas compter sur l'Europe pour mener à bien certaines missions. Il va donc bien falloir se poser la question de la faisabilité de ces interventions dans le temps et donc de l'emploi de soldats de réserve sur de longues périodes (nos forces sont toujours à Bamako et Bangui n'est pas près de voir les patrouilles hexagonales déserter ses rues).

Par ailleurs, à une époque où la notion d''engagement (syndical, religieux, associatif...) n'est plus au goût du jour, il ne peut être que bénéfique de rappeler à nos compatriotes que certains d'entre eux ont fait le choix de servir – et non de se servir – dans un quasi désintéressement. Il faut aussi rappeler à nos hommes politiques que la défense de la Nation n'est (surtout) pas qu'un problème de RGPP et que la réserve n'est pas un terrain de jeu pour quelques civils en mal de sensations. Les menaces sont nombreuses et protéiformes, nous devons les anticiper et adapter la réserve en conséquence.

Enfin, l'Ukraine nous rappelle que l'Union européenne n'est plus un sanctuaire à l'abri de la fureur du monde.

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Jean-Philippe Elie

est journaliste et auteur.

Secrétaire national (Front démocrate) à la défense et à la sécurité

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