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Interview du délégué aux réserves de la Gendarmerie nationale

Le général Danède, délégué aux réserves de la Gendarmerie Le général Danède, délégué aux réserves de la Gendarmerie Crédit photo / Défense citoyenne

Index

Le général de division Jean-Philippe Danède nous a ouvert les portes de son bureau, au fort d'Issy, pour un long entretien.

Mon Général, entre 2008 et 2010, les effectifs de la réserve opérationnelle de la Gendarmerie nationale ont légèrement baissé, puis ils sont repartis clairement à la hausse (tout le contraire des trois armées). En 2012, les gendarmes représentaient plus de la moitié des réservistes sous ESR. Qu’est-ce qui explique ce revirement ?

Plusieurs raisons à cela. En 2010, nous étions descendus relativement bas, à moins de 20 000 hommes. Or, si vous voulez disposer de 1 500 à 4 000 gendarmes/jour (notamment pendant la période estivale), il faut pouvoir compter grosso modo sur 25 à 30 000 réservistes. Dans le cas contraire, vous êtes dans l’incapacité d’aligner le personnel nécessaire.

Deuxième explication, il faut toujours donner des éléments positifs aux gens. Si vous dites « On ne recrute pas », c’est ce qui s’est passé en 2008 et 2009, vous perdez à la fois en quantité mais également en qualité. Les personnels de la Gendarmerie ainsi que les réservistes ont pu ressentir une certaine démobilisation. À partir de 2010, nous avons donc clairement annoncé des objectifs plus ambitieux avec une courbe ascendante de l’ordre de 28 600 réservistes pour l’année 2013. Actuellement, nous en sommes à 26 109 et nous avons insufflé une dynamique positive aux militaires sur le terrain.

Pour ce faire, j’ai motivé l’ensemble de la chaîne hiérarchique, du commandant de région jusqu’au gendarme, en leur montrant tout le bénéfice qu’ils pouvaient avoir à recruter des réservistes du cru, à les fidéliser, à les garder le plus longtemps possible. Ensuite, j’ai mis l’accent sur l’emploi opérationnel en réduisant le soutien au maximum. Aujourd’hui, 75% de l’activité d’un réserviste correspond à de l’opérationnel.

Est-ce que cette hausse va se poursuivre en 2013 ?

Au 1er septembre dernier, la Gendarmerie comptait 26 109 réservistes. Nous avons maintenu les effectifs en 2013. L'évolution en 2014 s'opérera en fonction des crédits budgétaires.

Quels sont les objectifs assignés par le DGGN à la réserve ?

Il faut tout d’abord se rappeler que les textes mettent en avant le lien armée-Nation : il ne faut pas couper les armées des citoyens et la réserve serait ce lien ombilical. Mais dans les faits, nous nous apercevons que la réserve est très mal connue de la population. Bien entendu, certains la connaissent, c’est par exemple le cas des jeunes qui participent à la journée défense et citoyenneté (JDC). Ceux-ci reçoivent un premier éclairage sur la réserve et c’est l’un des endroits où nous cherchons à recruter nos réservistes. Toutefois cela ne suffit pas…

Actuellement, les armées ne peuvent faire face à leurs missions sans les réservistes. Dans la Gendarmerie, nous avons des pics d’activité qui sont faciles à comprendre. Ces zones d’activités saisonnières (les ZAS) sont hivernales, avec les stations de ski, ou estivales avec les stations balnéaires. Je prends souvent l’exemple de Saint-Cyprien : en temps normal, cette localité compte vingt mille habitants. Mais, l’été, sa population est multipliée par dix. Pour faire face à tous ces flux, la Gendarmerie – dont la zone de compétence, je le rappelle, couvre 95% du territoire national – a besoin d’être renforcée. Et la seule possibilité que nous ayons, c’est de faire appel aux réservistes.

Quelles sont les missions confiées aux réservistes opérationnels ?

Toutes ! Les réservistes de la Gendarmerie remplissent les mêmes missions que les personnels d’active, mais bien entendu à des degrés différents selon leurs qualifications. Prenons l’exemple d’un ancien major de Gendarmerie qui a servi dans une section de recherche. Si vous l’employez comme réserviste dès son départ à la retraite, il est évident qu’il ne fera pas les mêmes choses qu’un jeune sortant d’une préparation militaire Gendarmerie (PMG) de quinze jours. Tout est une question de graduation.

Au niveau des missions, les réservistes font plus particulièrement de la surveillance générale, en armant les patrouilles avec leurs camarades d’active, et du transfèrement de détenus (certains sont devenus de véritables spécialistes).

Toutes les missions de la Gendarmerie sont valorisantes pour nos réservistes. A l’issue de la PMG, le jeune réserviste est immédiatement employé en unité opérationnelle. Et je peux vous dire que c’est extrêmement valorisant de se retrouver dans une brigade territoriale avec des anciens qui vous emmènent en mission. Vous vivez avec l’unité et c’est cela qui intéresse nos jeunes.


 

Les réservistes opérationnels peuvent, sous certaines conditions, obtenir la qualité d’agent de police judiciaire adjoint. En revanche, une habilitation OPJ est pour l’instant impossible. Est-ce envisageable de voir cela changer dans un futur proche, afin que les cadres réservistes puissent être employés dans des missions plus complexes ?

Cela fait partie des objectifs. La Gendarmerie compte dans ses rangs environ 26 000 officiers de police judiciaire. Le fait d’avoir des réservistes OPJ peut donc être une bonne chose. Toutefois, s’il s’agit d’être OPJ pour mettre simplement des timbres amende sur le bord de la route, ce n’est pas très intéressant. Il faut qu’il y ait un véritable intérêt.

Vous avez dirigé le COMGEND de Guyane, un département où la délinquance est très importante. Des réservistes opérationnels sont-ils actuellement engagés dans des missions difficiles, comme la lutte contre l’orpaillage illégal ?

Lorsque j’étais en Guyane, j’ai commencé à recruter des réservistes, entre 18 et 20. C’était à l’état embryonnaire. Et je les employais relativement peu sur le terrain pour une raison simple : je disposais de personnels d'active compétents. Les réservistes faisaient surtout de la formation, dans le cadre de l’égalité des chances, auprès de jeunes souhaitant passer les concours d’entrée en Gendarmerie.

Aujourd’hui, le nouveau COMGEND dispose d’un effectif d’environ 180 réservistes qui participent au travail sur le terrain. Il arme plus particulièrement des piroguiers, c’est-à-dire des gens du crû qui connaissent les fleuves et qui ont été pris comme réservistes pour pouvoir accompagner les gendarmes entre autres sur les missions de lutte contre l’orpaillage illégal. Cet effectif va passer à 220 ou 230, cela participera au recrutement et à la formation de futurs gendarmes d’active.

J’ai effectivement vu que 17% des réservistes intégraient la gendarmerie en tant que militaires d’active...

Actuellement, entre 17 et 20% des gendarmes en école de sous-officiers sont originaires de la réserve. Pourquoi ? Parce que nos réservistes sont très bons (bac+2 en moyenne) et qu’ils sont motivés par leur travail au sein des unités.

Quels profils sont recherchés par la Gendarmerie ?

Il n’y a pas de profils particuliers. Ce qui compte, c’est que le candidat soit de bonne moralité, en bonne condition physique, bien entendu volontaire et stable sur le plan psychologique. Depuis cette année, nous faisons passer aux réservistes les mêmes tests que ceux proposés aux personnes souhaitant devenir gendarme d’active. Ensuite nous les formons et nous voyons ce qu’ils sont capables de faire. L’institution Gendarmerie est d’ailleurs l’une des dernières institutions françaises où l’on peut rentrer comme gendarme adjoint volontaire et terminer général quatre étoiles.

Vous avez des réservistes en Opex ?

Aucun. Le dernier était un capitaine envoyé en Afghanistan et qui est rentré en février 2011. Nous n’envoyons plus personne en Opex, parce que cela coûte excessivement cher. De plus, nous disposons de ce qu’on appelle un Gopex, c’est-à-dire des gendarmes – officiers comme sous-officiers – qui sont rattachés au commandement de la Gendarmerie d’outre-mer et formés pour partir en Opex.

Nous sommes actuellement dans une phase de restrictions budgétaires importantes pour les armées et la Gendarmerie. Avez-vous réussi à gérer les contraintes budgétaires sans que cela mette en danger le contrat opérationnel qui vous a été fixé ?

Le problème est très simple et tout est question d’équilibre. Pour qu’un réserviste soit intéressé et intéressant pour l’institution, il doit faire a minima vingt jours par an. Nous étions sur ce portage en 2012. Cette année, nous sommes à peu près sur seize jours. Vous voyez bien que nous commençons à être sur le fil du rasoir : à un moment donné, nous ne serons plus attractifs parce que, d’une part, nous ne proposerons pas assez d’activités pour nos réservistes, d’autre part l’employeur – l’unité opérationnelle – ne voudra pas s’investir dans la recherche de réservistes par manque de rentabilité. On n’investit pas cent euros pour en gagner cinquante.

Il faudra bien, un jour, se poser la vraie question : doit-on faire un autre type de réserve ? Ce ne sera plus une réserve d’emploi, mais simplement une réserve qui maintiendra le lien armées-nation.

L’avancement des personnels a-t-il été impacté par les difficultés financières ?

Non. Parce que notre réserve est bien pyramidée. Nous avons établi un plan de déploiement et de montée en puissance entre le moment où nous avons créé notre réserve et l’objectif 2015 à 40 000 personnels. Nous nous éloignons de ce dernier pour 2015 ; il sera peut-être atteint en 2020 ou peut-être jamais. Mais en fin de compte, il faut toujours avoir des objectifs positifs.

Nous dressons tous les ans le tableau des effectifs de la réserve opérationnelle (TERO), qui suit un pyramidage très précis correspondant à nos besoins et à notre encadrement. Tout le monde est bien réparti sur le terrain.

L’avancement ne présente pas de problèmes particuliers. Selon les catégories de personnels, il va plus ou moins vite. Par exemple, l’avancement des colonels n’est pas un gros tableau. Chaque année, entre sept et dix réservistes sont promus colonels, ce qui est bien. Mais cela demande beaucoup d’attention et un réglage fin, notamment parce que l’avancement est perçu par les intéressés comme étant une récompense, alors que ce ne l’est pas. C’est la reconnaissance d’un besoin.


 

En 2012, les réservistes ont effectué environ 527 800 jours d’activité, soit à peu près 18,3 jours par an et par gendarme. Or, nous sommes encore loin de la limite maximale des trente jours annuels que s’est fixée la Gendarmerie. Pensez-vous que cette moyenne va augmenter ou au contraire diminuer en raison de la situation budgétaire actuelle ?

En 2011, 638 000 jours ont été effectués, cette année nous sommes sur une base de 440 000. Vous voyez bien que quelque chose ne va pas. Toutefois, je le dis en toute sincérité, trente jours en moyenne, c’est trop. Selon une étude du CSRM, un réserviste civil qui travaille ne peut pas donner en moyenne plus de vingt-huit jours par an. Bien entendu, certains réservistes peuvent donner plus, je pense aux anciens gendarmes qui pourraient travailler 365 jours. Mais ils ne le font pas, d’une part parce que des textes l’interdisent, d’autre part sur de telles durées autant employer des personnels d’active.

Je pense qu’un réserviste – pour qu’il soit bien formé et rentable pour l’institution – devrait faire environ vingt-cinq jours par an. À partir de là, il est facile de calculer le budget de la réserve. Un réserviste coûte globalement à la Gendarmerie en T2/T3 (rémunération et fonctionnement) cent euros par jour. Nous avons 26 000 réservistes, vous multipliez par 100 et par 25, et vous avez le budget souhaitable de la réserve. Si vous n’êtes pas capable d’aligner ce budget, vous rencontrerez des problèmes.

Dans la réserve, nous sommes toujours dans une situation d’équilibre instable qui tient : aux finances, au nombre et à la qualité des réservistes, à la période où nous avons besoin d’eux. Par exemple, en 2011, le G8 et le G20 se sont déroulés dans notre pays en dehors des vacances scolaires. Nous avons dû mobiliser plusieurs centaines de réservistes de la Gendarmerie départementale ainsi que sept escadrons de réserve de Gendarmerie mobile. Il a fallu les chercher sur toute la France pour les envoyer sur Deauville et sur Cannes. Vous voyez ce que cela peut représenter ; certains personnels ont fait jusqu’à quarante voire cinquante jours. Quand nous rencontrons des à-coups, nous sommes contents d’avoir ces réservistes. Le problème, c’est qu’ils ne sont pas tous disponibles au bon moment. Nous sommes toujours en recherche d'équilibre.

Le ratio d’anciens militaires présents au sein de la réserve opérationnelle des trois armées s’élevait à 56 % en 2012. Ce pourcentage chute à 37 % lorsque l’on intègre les effectifs de la Gendarmerie. Cela signifie-t-il que vous êtes particulièrement performants en matière de recrutement dans la société civile ?

Oui, je le dis en toute sincérité. Pourquoi sommes-nous performants ? Tout d’abord parce que notre répartition sur le plan géographique est très bonne. Chaque gendarme présent dans une brigade territoriale ou une autre unité est le premier recruteur de la réserve. Le travail est intéressant et quand nous voulons fidéliser les gens, nous les employons au plus près de leurs intérêts géographiques.

Depuis deux ans, nous refusons des gens dans la réserve, parce que nous avons de nombreux candidats par rapport aux postes offerts. Par le passé c’était l’inverse. La durée moyenne d'engagement d’un gendarme de réserve sortant de la PMG était de deux ans et demi. Nous sommes passés l’année dernière à trois ans et huit mois et je pense que cette année nous dépasserons les quatre ans.

78% de nos réservistes sont issus du civil, 22% de la Gendarmerie. Les personnels d’active, dans leur grande majorité, quittent l’institution à la limite d’âge, ce qui représente environ trois mille sorties annuelles. Ensuite, ils peuvent être réservistes pendant cinq ans. Par conséquent, sur cette période, cela fait quinze mille réservistes potentiels. Or, en réalité, plus de la moitié n'entrent pas dans la réserve, pour différents motifs. Globalement, nous pouvons compter sur 5 860 anciens gendarmes.

Les 20 000 autres réservistes sont des civils que nous formons via les PMG (3 500 en 2012, 1 800 cette année). Pour entretenir cette masse, nous n’avons pas d’autres choix que d’allonger le temps de vie du réserviste. Si nous étions restés sur un portage de deux ans et demi, il aurait fallu former entre trois à quatre mille personnels par an. On ne s’en sortait plus (coût de la formation, besoins en gestion et en administration particulièrement pointus).

Comment les réservistes sont-ils perçus sur le terrain par leurs camarades d’active, la population et les élus ?

Principe numéro un, il n’existe aucune différence sur le terrain entre un actif et un réserviste. Certains esprits chagrins auraient bien voulu voir apparaître un écusson « réserviste ». La réponse a été simple : il n’y a pas de distinction entre les personnels d’active et de réserve. Cela aurait été  destructeur pour les réservistes, car les gens ne sont pas idiots. Ils auraient vite dit que ce ne sont pas de vrais gendarmes. Donc pas de distinguo.

Au départ, comme toute chose nouvelle dans la Gendarmerie, les gars sont un peu dans l’expectative. Les réservistes ont dû faire leurs preuves et montrer qu’ils apportaient quelque chose sur le terrain. Il a fallu également que les personnels d’active se mettent à leur disposition, les encadrent et sachent les employer. Dans beaucoup d’unités, c’est entré dans les mœurs ; nous savons très bien que nous ne pouvons plus nous passer des réservistes.

Je vais vous donner un exemple : le Mont-Saint-Michel accueille l’été un poste provisoire à six gendarmes. Un adjudant d’active et cinq réservistes dont un adjudant adjoint ancien de l’arme. Le poste est tenu pendant deux mois par ces six personnes, vous pouvez y aller, ils sont extra. Personne ne fait la distinction. J’y suis retourné l’année dernière à la Toussaint pour une visite privée. J’ai été reçu par le conservateur ; pour lui, la référence de la brigade de gendarmerie n’est pas l’adjudant, qui change tous les ans, mais une maréchal des logis réserviste qui est là depuis cinq ans.

Enfin, nous avons relativement peu de problèmes disciplinaires avec nos réservistes pour une raison très simple. À partir du moment où quelqu’un ne se comporte pas bien, il dégage. Et si une personne n’est pas très compétente, nous ne la convoquons pas. Ainsi l’ESR s’éteint de lui-même.

Est-ce que le rattachement de la Gendarmerie au ministère de l’Intérieur a changé quelque chose pour les réservistes ?

En aucun cas. Pour nous, nous sommes toujours – et c’est important de le souligner – dans la communauté militaire. Ce qui a changé, c’est qu’un certain nombre de grands textes qui régissent la réserve militaire à titre général sont désormais co-signés par les ministres de l’Intérieur et de la Défense.

Quelles missions sont confiées à la réserve citoyenne ?

La réserve citoyenne participe au rayonnement de la gendarmerie. Je trouve que c’est une excellente chose. Nous avons environ 1 200 réservistes citoyens. Ce sont des bénévoles du service public extrêmement dévoués. Nous avons des élus, des chefs d’entreprise, des personnalités locales. Ils connaissent l’institution, la défendent, la font connaître. Ils nous apportent de l’aide dans un certain nombre de domaines. Cela participe du lien armée-nation, de l’esprit de défense.

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Jean-Philippe Elie

est journaliste et auteur.

Secrétaire national (Front démocrate) à la défense et à la sécurité

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