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Interview du délégué aux réserves de la Gendarmerie nationale

Le général Danède, délégué aux réserves de la Gendarmerie Le général Danède, délégué aux réserves de la Gendarmerie Crédit photo / Défense citoyenne

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En 2012, les réservistes ont effectué environ 527 800 jours d’activité, soit à peu près 18,3 jours par an et par gendarme. Or, nous sommes encore loin de la limite maximale des trente jours annuels que s’est fixée la Gendarmerie. Pensez-vous que cette moyenne va augmenter ou au contraire diminuer en raison de la situation budgétaire actuelle ?

En 2011, 638 000 jours ont été effectués, cette année nous sommes sur une base de 440 000. Vous voyez bien que quelque chose ne va pas. Toutefois, je le dis en toute sincérité, trente jours en moyenne, c’est trop. Selon une étude du CSRM, un réserviste civil qui travaille ne peut pas donner en moyenne plus de vingt-huit jours par an. Bien entendu, certains réservistes peuvent donner plus, je pense aux anciens gendarmes qui pourraient travailler 365 jours. Mais ils ne le font pas, d’une part parce que des textes l’interdisent, d’autre part sur de telles durées autant employer des personnels d’active.

Je pense qu’un réserviste – pour qu’il soit bien formé et rentable pour l’institution – devrait faire environ vingt-cinq jours par an. À partir de là, il est facile de calculer le budget de la réserve. Un réserviste coûte globalement à la Gendarmerie en T2/T3 (rémunération et fonctionnement) cent euros par jour. Nous avons 26 000 réservistes, vous multipliez par 100 et par 25, et vous avez le budget souhaitable de la réserve. Si vous n’êtes pas capable d’aligner ce budget, vous rencontrerez des problèmes.

Dans la réserve, nous sommes toujours dans une situation d’équilibre instable qui tient : aux finances, au nombre et à la qualité des réservistes, à la période où nous avons besoin d’eux. Par exemple, en 2011, le G8 et le G20 se sont déroulés dans notre pays en dehors des vacances scolaires. Nous avons dû mobiliser plusieurs centaines de réservistes de la Gendarmerie départementale ainsi que sept escadrons de réserve de Gendarmerie mobile. Il a fallu les chercher sur toute la France pour les envoyer sur Deauville et sur Cannes. Vous voyez ce que cela peut représenter ; certains personnels ont fait jusqu’à quarante voire cinquante jours. Quand nous rencontrons des à-coups, nous sommes contents d’avoir ces réservistes. Le problème, c’est qu’ils ne sont pas tous disponibles au bon moment. Nous sommes toujours en recherche d'équilibre.

Le ratio d’anciens militaires présents au sein de la réserve opérationnelle des trois armées s’élevait à 56 % en 2012. Ce pourcentage chute à 37 % lorsque l’on intègre les effectifs de la Gendarmerie. Cela signifie-t-il que vous êtes particulièrement performants en matière de recrutement dans la société civile ?

Oui, je le dis en toute sincérité. Pourquoi sommes-nous performants ? Tout d’abord parce que notre répartition sur le plan géographique est très bonne. Chaque gendarme présent dans une brigade territoriale ou une autre unité est le premier recruteur de la réserve. Le travail est intéressant et quand nous voulons fidéliser les gens, nous les employons au plus près de leurs intérêts géographiques.

Depuis deux ans, nous refusons des gens dans la réserve, parce que nous avons de nombreux candidats par rapport aux postes offerts. Par le passé c’était l’inverse. La durée moyenne d'engagement d’un gendarme de réserve sortant de la PMG était de deux ans et demi. Nous sommes passés l’année dernière à trois ans et huit mois et je pense que cette année nous dépasserons les quatre ans.

78% de nos réservistes sont issus du civil, 22% de la Gendarmerie. Les personnels d’active, dans leur grande majorité, quittent l’institution à la limite d’âge, ce qui représente environ trois mille sorties annuelles. Ensuite, ils peuvent être réservistes pendant cinq ans. Par conséquent, sur cette période, cela fait quinze mille réservistes potentiels. Or, en réalité, plus de la moitié n'entrent pas dans la réserve, pour différents motifs. Globalement, nous pouvons compter sur 5 860 anciens gendarmes.

Les 20 000 autres réservistes sont des civils que nous formons via les PMG (3 500 en 2012, 1 800 cette année). Pour entretenir cette masse, nous n’avons pas d’autres choix que d’allonger le temps de vie du réserviste. Si nous étions restés sur un portage de deux ans et demi, il aurait fallu former entre trois à quatre mille personnels par an. On ne s’en sortait plus (coût de la formation, besoins en gestion et en administration particulièrement pointus).

Comment les réservistes sont-ils perçus sur le terrain par leurs camarades d’active, la population et les élus ?

Principe numéro un, il n’existe aucune différence sur le terrain entre un actif et un réserviste. Certains esprits chagrins auraient bien voulu voir apparaître un écusson « réserviste ». La réponse a été simple : il n’y a pas de distinction entre les personnels d’active et de réserve. Cela aurait été  destructeur pour les réservistes, car les gens ne sont pas idiots. Ils auraient vite dit que ce ne sont pas de vrais gendarmes. Donc pas de distinguo.

Au départ, comme toute chose nouvelle dans la Gendarmerie, les gars sont un peu dans l’expectative. Les réservistes ont dû faire leurs preuves et montrer qu’ils apportaient quelque chose sur le terrain. Il a fallu également que les personnels d’active se mettent à leur disposition, les encadrent et sachent les employer. Dans beaucoup d’unités, c’est entré dans les mœurs ; nous savons très bien que nous ne pouvons plus nous passer des réservistes.

Je vais vous donner un exemple : le Mont-Saint-Michel accueille l’été un poste provisoire à six gendarmes. Un adjudant d’active et cinq réservistes dont un adjudant adjoint ancien de l’arme. Le poste est tenu pendant deux mois par ces six personnes, vous pouvez y aller, ils sont extra. Personne ne fait la distinction. J’y suis retourné l’année dernière à la Toussaint pour une visite privée. J’ai été reçu par le conservateur ; pour lui, la référence de la brigade de gendarmerie n’est pas l’adjudant, qui change tous les ans, mais une maréchal des logis réserviste qui est là depuis cinq ans.

Enfin, nous avons relativement peu de problèmes disciplinaires avec nos réservistes pour une raison très simple. À partir du moment où quelqu’un ne se comporte pas bien, il dégage. Et si une personne n’est pas très compétente, nous ne la convoquons pas. Ainsi l’ESR s’éteint de lui-même.

Est-ce que le rattachement de la Gendarmerie au ministère de l’Intérieur a changé quelque chose pour les réservistes ?

En aucun cas. Pour nous, nous sommes toujours – et c’est important de le souligner – dans la communauté militaire. Ce qui a changé, c’est qu’un certain nombre de grands textes qui régissent la réserve militaire à titre général sont désormais co-signés par les ministres de l’Intérieur et de la Défense.

Quelles missions sont confiées à la réserve citoyenne ?

La réserve citoyenne participe au rayonnement de la gendarmerie. Je trouve que c’est une excellente chose. Nous avons environ 1 200 réservistes citoyens. Ce sont des bénévoles du service public extrêmement dévoués. Nous avons des élus, des chefs d’entreprise, des personnalités locales. Ils connaissent l’institution, la défendent, la font connaître. Ils nous apportent de l’aide dans un certain nombre de domaines. Cela participe du lien armée-nation, de l’esprit de défense.


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Jean-Philippe Elie

est journaliste et auteur.

Secrétaire national (Front démocrate) à la défense et à la sécurité

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